Apple et Gemini: Ce que cette entente signifie pour le futur de l’IA
Le 12 janvier dernier, Apple a posé un geste qui n’est pas passé inaperçu. L’entreprise a signé une entente pluriannuelle avec Google pour fournir le cerveau derrière Siri. Dit comme ça, ça frappe un peu. Et pourtant, ce choix en dit long sur l’état réel de la course à l’intelligence artificielle et sur ce qui est en train de basculer en 2026.
En collaboration avec David Hamel, Leader Hub Tech
D’abord, il faut bien mesurer ce que ça représente pour Apple. C’est la première fois qu’elle externalise une couche technologique aussi fondamentale. Siri, ce n’est pas une fonctionnalité accessoire, c’est l’interface vocale au cœur de l’expérience utilisateur. Même avec plus de 130 milliards de dollars en liquidités, Apple n’arrive pas à bâtir seule un modèle suffisamment compétitif. Ce n’est pas l’argent qui manque, c’est une question de structure.
Une des raisons s’explique par sa philosophie axée sur la protection de la vie privée, “Privacy First”. En refusant de collecter certaines données, Apple se prive du carburant qui permet à d’autres acteurs comme Google ou OpenAI d’entraîner leurs grands modèles de langage. À ça s’ajoute la fuite des talents en IA, un enjeu bien réel dans l’industrie des technologies. On a besoin de plus de talents et on a besoin de les garder.
Un autre élément marquant dans cette annonce, c’est le refus d’OpenAI d’intégrer ChatGPT comme moteur de Siri. Plutôt que de devenir une brique invisible dans l’écosystème d’un autre, OpenAI a choisi une voie plus risquée. Celle de développer son propre hardware avec Jony Ive, un ancien d’Apple. Selon eux, posséder l’interface finale, celle avec laquelle l’utilisateur interagit, vaut plus que d’alimenter discrètement l’interface de quelqu’un d’autre. C’est un pari sur le long terme, assumé et cohérent avec leur vision.
Le retour d’une dynamique Apple-Google bien connue
Cette nouvelle collaboration entre Google et Apple rappelle une autre époque. Au début des années 2000, les deux entreprises travaillaient étroitement ensemble. Apple contrôlait l’écosystème matériel et logiciel de ses appareils, tandis que Google fournissait le moteur de recherche par défaut. À l’époque, le paradigme était simple : Google avait le meilleur logiciel de recherche, Apple la meilleure plateforme.
Aujourd’hui, on observe un retour à une dynamique similaire. Siri est clairement en retard par rapport à Gemini, ChatGPT et d’autres assistants. Apple perd du terrain sur l’expérience d’interaction entre l’IA et les appareils physiques, et ce retard n’est pas anodin. Même si les services prennent de plus en plus de place, une part importante des revenus d’Apple repose encore sur la vente d’appareils. Si l’expérience complète bascule ailleurs, les utilisateurs pourraient suivre.
Pour Google, l’intérêt est immédiat. Améliorer l’expérience IA sur les appareils Apple génère des revenus directs, sans attendre une conversion graduelle des utilisateurs. Cela donne aussi accès à des volumes de données extrêmement importants. Google fait ici un pari à long terme, tout en captant des gains rapides.
Apple, de son côté, continue de miser sur l’appareil comme pilier central. À moyen terme, on peut penser que son objectif demeure de développer une capacité autonome en IA. Mais les obstacles sont nombreux, qu’il s’agisse des talents, des cadres réglementaires ou du rythme effréné des avancées technologiques. À court terme, ce partenariat ressemble davantage à un mouvement défensif pour Apple. Pour Google, il s’agit d’un positionnement neutre, voire offensif.
L’histoire entre Apple et Google est faite d’allers-retours entre collaboration et compétition. Après une période de tension marquée entre 2017 et 2020, on assiste aujourd’hui à une phase d’apaisement. Mais la concurrence reviendra assurément. Parce que l’enjeu du contrôle de l’interaction entre les usagers et les données est fondamental. Apple y est extrêmement ferme. Google aussi, à sa manière.
De l’IA générative à l’agentique
Mais le point le plus structurant se situe ailleurs. On est en train de passer de l’IA générative à l’agentique. On quitte le moment où l’IA se limitait à répondre à des questions ou à générer du texte. Avec l’agentique, le système reçoit une demande, la découpe en sous-tâches, mobilise plusieurs applications ou sources de données, puis exécute des actions de façon autonome. On parle alors d’une orchestration d’actions.
Et c’est là que l’entente entre Apple et Google devient révélatrice. Elle montre qu’aucune entreprise (même extrêmement riche) ne peut avancer seule à ce rythme. La vraie contrainte, ce sont les talents et la capacité à suivre le momentum technologique. Elle montre aussi que les fournisseurs de modèles comme OpenAI cherchent de plus en plus à verticaliser leurs offres. Et surtout, elle confirme que le cœur du débat se joue maintenant autour de l’agentique.
Au-delà de ce partenariat précis, ce mouvement reflète une réalité plus large. Les entreprises, toutes industries confondues, vivent aussi un moment de rupture. L’adaptation à l’IA passe d’un enjeu théorique à un enjeu opérationnel. Les systèmes capables d’interagir avec des IA comme ChatGPT vont voir leur utilisation exploser. Les organisations devront s’y préparer en proposant des microservices ouverts, facilement consommables par ces nouveaux agents.
En parallèle, il faudra repenser la sécurité. Contrôler les bots malveillants, se protéger contre de nouvelles formes d’attaques et sécuriser ces systèmes deviendront des priorités. À court et moyen terme, des usages comme consulter une base de données de vols ou réserver un trajet entre deux villes via un assistant IA propriétaire chez Apple ou Google ne seront plus des innovations marginales, mais de vraies attentes des utilisateurs.
C’est ce genre de bascule qu’on voit se dessiner. Et elle arrive plus vite qu’on le pense.