Signaux forts

Édition juin 2026

Naviguer un marché instable : le Radar agentique comme outil de décision

 

Le Radar de juin 2026 enregistre un mouvement sans précédent : pour la première fois, plusieurs solutions d’éditeurs intégrés occupent la zone « Leaders ». Cette bascule vers le leadership n’est pas anecdotique. Elle reflète une tendance de fond déjà perceptible ces derniers mois et qui s’accélère : les entreprises cessent d’assembler des agents artisanaux pour se tourner vers des environnements complets, gouvernés et directement déployables en production.

La répartition globale sur l’espace du radar témoigne d’une consolidation marquée par rapport aux mois précédents, où les catégories inférieures étaient bien plus peuplées. La montée des Leaders signale que plusieurs solutions ont simultanément franchi le seuil de la Confiance sur l’axe de la maturité, combinée à une Traction confirmée sur l’axe du momentum. Le centre de gravité du marché s’est déplacé.

Quatre solutions à surveiller

  • Agent 365

    Agent 365 est le mouvement le plus spectaculaire observé depuis la création du Radar. En position de Builder en mars avec une maturité à 4,3 et un momentum à 5,0, la solution atteint ce mois-ci 7,9 en maturité et 7,8 en momentum — accédant directement au quadrant Leader en deux mois.

    Ce saut s’explique par un fait précis : Agent 365 est passé en disponibilité générale le 1er mai 2026. Annoncé en mars, ce « plan de contrôle » agentique de Microsoft traite les agents comme des identités d’entreprise de première classe, gouvernés selon les mêmes principes Zero Trust et de sécurité que les utilisateurs humains. Concrètement, Agent 365 s’intègre avec Microsoft Entra, Purview et Defender pour 1) offrir une visibilité en temps réel sur tous les agents d’une entreprise, et 2) centraliser la gestion du cycle de vie et étendre les protections Microsoft 365 à l’IA. Pour les équipes TI et sécurité d’entreprises déjà dans l’écosystème Microsoft, c’est une proposition à faible friction. La trajectoire est ascendante et les signaux de terrain confirment une adoption accélérée depuis son lancement officiel.

  • Gemini Enterprise Agent Platform

    Google Cloud Next 2026 a marqué un tournant stratégique pour Google dans l’agentique. Vertex AI est devenu officiellement la Gemini Enterprise Agent Platform, et Google Agentspace a été absorbé dans un produit unifié Gemini Enterprise. La plateforme combine plus de 200 modèles dans un Model Garden (incluant Anthropic Claude), un builder d’agents no-code pour Google Workspace, des agents managés Project Mariner pour la navigation web, et la production-grade du protocole Agent2Agent (A2A v1.0), déjà déployé dans 150 organisations.​

    Le score de mai (maturité 7,9 / momentum 8,2) place Gemini Enterprise en co-tête des Leaders avec Agentforce. La stratégie revendiquée par Thomas Kurian, celle de  »posséder la stack complète du chip jusqu’à la boîte de réception, quand les concurrents vous donnent des pièces, pas une plateforme » se traduit dans les chiffres du radar: une forte traction auprès des analystes, engagement communautaire en nette hausse et adoption entreprise visible dès ce mois.

  • Agentforce

    Agentforce atteint 8,1 en maturité et 8,2 en momentum. Il s’agit du score composite le plus élevé toutes solutions confondues. Ce n’est pas une surprise : Salesforce a annoncé 800M$ d’ARR pour Agentforce, en progression de 169% en glissement annuel. Agentforce a aussi atteint 800M$ d’ARR en environ 18 mois, là où Sales Cloud ou Service Cloud avaient mis 4 à 5 ans pour franchir 500M$.

    Les indicateurs du Radar corroborent cette dynamique : la communauté score 8,3, l’adoption 9,0, la reconnaissance 7,7. Seule nuance à surveiller : les scores de Confiance (traçabilité, gouvernance) restent légèrement inférieurs à ceux de certains concurrents, ce qui suggère que la vitesse de déploiement a parfois précédé la maturité de gouvernance. C’est une tension classique entre momentum commercial et maturité produit.

  • Agno

    Anciennement connu sous le nom de Phidata, Agno entre pour la première fois dans le Radar avec des données complètes et se positionne directement en Builder avec une maturité de 5,9. Là où son prédécesseur Phidata stagnait dans les niveaux les plus bas, Agno opère une refonte en profondeur : framework Python open source orienté production, environnement multi-agents, AgentOS intégré et infrastructure en mode « prêt à déployer ». Les développeurs Python trouvent dans Agno une alternative à LangChain/LangGraph avec moins de complexité d’infrastructure et une philosophie framework-agnostique qui réduit la dépendance. La trajectoire est clairement ascendante, à surveiller pour les prochaines éditions.

Une souveraineté à 3 pôles

L’hégémonie américaine : totale et au sommet

Les 12 Leaders du Radar sont tous américains. Microsoft occupe à lui seul quatre positions dans ce quadrant (Agent Framework, Agent 365, Foundry Agent Service, plus la trajectoire ascendante de Copilot Studio en Driver). Google en occupe trois (ADK, Vertex AI / Gemini Enterprise, LangChain via son écosystème). Cette concentration n’est pas nouvelle, mais elle s’est encore accentuée ce mois-ci avec l’arrivée coordonnée de plusieurs solutions américaines à maturité simultanément.

 

La Chine monte vite : 4 solutions en accélération

Le signal chinois est peut-être le plus inattendu de ce mois. Quatre solutions passent du rouge au vert sur l’axe du momentum : Qwen-Agent, AgentScope, Coze et Baidu Qianfan.

Ce rattrapage s’inscrit dans un contexte plus large : Alibaba a traité 120 millions de transactions agentiques en une semaine sur Alipay en février 2026, et la base d’utilisateurs IA en Chine a atteint 515 millions mi-2025. Les acteurs chinois arrivent en entreprise avec une approche différente des américains : des agents profondément intégrés dans des super-apps, plutôt que des plateformes agentiques standalone.

Mais leur progression sur les indicateurs du Radar (en vélocité, en adoption) est indéniable. À noter : la dimension « Confiance » reste leur point faible, tirée vers le bas par des scores de transparence et de conformité réglementaire plus bas, ce qui explique qu’aucune solution chinoise ne franchit encore la zone Leader.

 

La France s’affirme : Mistral et Dataiku en progression

La France est le seul pays non-américain et non-chinois à avoir plusieurs solutions sur le Radar, et les deux progressent significativement ce mois.

Mistral affiche une remontée notable après un creux en mars, portée par deux accélérateurs business directs. D’abord, le partenariat stratégique de 3 ans avec La Poste signé en mai est un signal fort de confiance d’un acteur régulé, dans un environnement bancaire où la souveraineté des données est primordiale. Ensuite, l’expansion au Canada : Mistral a annoncé son intention d’ouvrir un bureau à Montréal et recrute activement des chercheurs IA locaux. Mistral avance par ailleurs vers 1 milliard d’euros de revenus en 2026.

Dataiku franchit pour la première fois le seuil des Drivers, porté par le lancement en mai 2026 d’Expert-to-Agent (E2A), une approche permettant aux experts métier de construire des agents décisionnels directement dans la plateforme Dataiku. L’angle est clair : gouvernance, traçabilité, accountability, exactement les dimensions « Confiance » que le radar valorise. Une proposition différenciante dans un marché où beaucoup de solutions excellent sur la vélocité mais négligent l’auditabilité.

Sous observation

  • Miser sur la Confiance avant le momentum : les solutions qui performent durablement sont celles qui combinent vélocité et gouvernabilité. L’exemple de Gemini Enterprise prouve que les deux sont compatibles.
  • Surveiller les percées chinoises malgré les lacunes de confiance : Qwen-Agent et AgentScope progressent vite, et la machine d’adoption d’Alibaba est rodée. Ils pourraient franchir le seuil Driver dans 1 à 2 éditions du radar si leurs scores de gouvernance s’améliorent.
  • Ne pas sous-estimer la souveraineté comme critère de sélection : Le partenariat Mistral avec La Banque Postale n’est pas un accident : dans les secteurs régulés, la capacité à déployer des agents en on-premise souverain devient un critère éliminatoire. C’est une fenêtre d’opportunité pour les différentes solutions de chaque pays qui n’apparaissent pas forcément encore sur le radar.