Ce qu’il faut retenir de la stratégie canadienne « L’IA pour tous »

Avec sa nouvelle stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle, « L’IA pour tous », le Canada signale que l’IA a passé le cap de l’expérimentation. Elle devient un levier national de productivité, de souveraineté et de transformation économique.

Le Canada est fort en recherche, mais accuse encore un retard d’adoption. La stratégie « L’IA pour tous » vise donc à convertir notre leadership scientifique reconnu mondialement en usages concrets dans les entreprises, les services publics et les secteurs clés de l’économie.

Pour les organisations, l’IA doit maintenant passer des pilotes ponctuels aux feuilles de route stratégiques, aux processus, aux compétences, aux données et aux mécanismes de gouvernance.

Pourquoi la stratégie canadienne en IA marque-t-elle un tournant pour les entreprises?

Le Canada dispose d’un écosystème d’IA solide, mais l’innovation ne s’est pas encore traduite par une adoption généralisée. Selon le document gouvernemental, on retrouverait plus de 3 500 entreprises canadiennes développant déjà des modèles, outils et applications avancés en IA, le secteur numérique contribuant à plus de 140 milliards de dollars au PIB. Pourtant, seulement 12 % des entreprises canadiennes ont utilisé l’IA pour produire des biens ou des services entre le milieu de 2024 et le milieu de 2025.

L’ambition gouvernementale est claire : porter ce taux d’adoption de 12 % à 60 % d’ici 2034. Pour les dirigeants, cette cible change la nature de la discussion. L’IA devient une priorité économique nationale, pas une initiative périphérique portée par quelques équipes curieuses.

La stratégie affirme que « l’adoption est le moteur des retombées de l’IA ». C’est probablement l’un des messages les plus importants pour les entreprises. La valeur ne viendra pas de l’intérêt pour l’IA, mais de sa capacité à transformer les opérations, les services, les décisions et les modèles d’affaires.

Que révèle la stratégie sur le retard d’adoption de l’IA dans les PME?

Le retard est encore plus marqué chez les PME. Selon la stratégie, environ 8 % seulement des PME canadiennes ont adopté l’IA, loin derrière les pays nordiques, qui se situent entre 29 % et 42 %, l’Allemagne à 26 % et la France à 18 %.

Ce constat est central, puisque les microentreprises, petites et moyennes entreprises représentent 99 % des entreprises canadiennes et emploient 14,3 millions de travailleurs. Autrement dit, l’adoption de l’IA au Canada ne pourra pas progresser sans une accélération claire dans les PME.

La stratégie met aussi en lumière que 78 % des entreprises qui n’ont pas adopté l’IA ne voient pas encore comment elle pourrait améliorer leurs biens ou services. Pour Wepoint, cette donnée est majeure. Elle montre que le besoin n’est pas seulement technologique. Il est stratégique et opérationnel. Les entreprises ont besoin d’aide pour traduire le potentiel de l’IA en cas d’usage utiles, priorisés, mesurables et adaptés à leur réalité.

Pourquoi la productivité est-elle au cœur de la stratégie canadienne en IA?

La stratégie présente l’IA comme un levier macroéconomique. Elle évoque une hausse annuelle potentielle de la productivité du travail de 0,3 % à 1,1 %, même sans tenir compte des effets directs de la stratégie. Elle cite aussi des estimations selon lesquelles l’IA générative pourrait contribuer 187 milliards de dollars par année à l’économie canadienne d’ici 2030.

Les objectifs annoncés sont tout aussi significatifs : près de 200 milliards de dollars en gains économiques liés à l’amélioration de la productivité du travail, jusqu’à 250 000 nouveaux emplois grâce à l’adoption de l’IA d’ici 2031, et jusqu’à 90 000 emplois, stages et placements liés à l’IA pour les jeunes Canadiens.

Pour les organisations, cette orientation confirme que l’IA sera de plus en plus liée aux plans de productivité, aux stratégies de main-d’œuvre et aux programmes de transformation. Les projets d’IA devront donc être évalués sur leur capacité à générer des résultats concrets : temps gagné, qualité améliorée, capacité augmentée, coûts réduits ou meilleure expérience client.

Pourquoi la confiance devient-elle une condition d’adoption?

La stratégie place la confiance au centre de sa vision. « La confiance est l’étoile polaire de cette stratégie. » Ce n’est pas un principe abstrait. Le Canada se classe 42e sur 47 pour la confiance envers les systèmes d’IA, selon une étude menée par KPMG et l’Université de Melbourne. Les Canadiens sont aussi divisés sur les effets de l’IA : 34 % les jugent bénéfiques pour la société, 36 % les jugent néfastes, et la moitié y voient une menace pour l’humanité.

Pour les entreprises, l’adoption ne pourra pas réussir sans gouvernance. Les risques liés à la confidentialité, aux biais, aux hallucinations, à la propriété intellectuelle, aux fournisseurs et aux usages non autorisés devront être encadrés dès le départ.

Une gouvernance IA efficace permet d’aller plus vite avec moins d’exposition. Elle donne aux équipes un cadre clair sur les usages permis, les données utilisables, les validations nécessaires et les responsabilités humaines. Dans ce contexte, la gouvernance n’est pas un frein à l’innovation, mais une condition de passage à l’échelle.

Pour aller plus loin, consultez notre livre blanc Agents IA : le déficit de la gouvernance IAM.

Pourquoi la littératie IA devient-elle un enjeu de compétitivité?

La stratégie établit un lien direct entre littératie, confiance et adoption. Le Canada se classe 44e sur 47 pour la formation et la littératie en IA, toujours selon l’étude de KPMG et l’Université de Melbourne. Moins du quart des Canadiens, soit 24 %, déclarent avoir reçu une formation en IA. Moins de quatre sur dix affirment posséder des connaissances modérées ou élevées en la matière.

La maturité IA ne dépend pas seulement des outils choisis. Elle dépend de la capacité des équipes à comprendre ce que l’IA peut faire, à reconnaître ses limites, à protéger les données sensibles et à utiliser ces technologies comme soutien au jugement humain.

La stratégie prévoit notamment une initiative nationale de littératie en IA, l’accès à une formation gratuite, des contenus destinés à 1 million d’étudiants postsecondaires et la formation de plus de 3 000 enseignants.

Pour les organisations, former les équipes n’est pas une activité périphérique ou une suggestion. C’est une condition de compétitivité.

En quoi la souveraineté numérique devient-elle un enjeu d’affaires?

La stratégie reconnaît que la capacité de calcul souveraine du Canada demeure embryonnaire et que les organisations canadiennes restent tributaires de fournisseurs étrangers pour des infrastructures devenues essentielles aux activités économiques, scientifiques et publiques.

Pour les entreprises, cette orientation change la discussion technologique. Les décisions IA soulèvent désormais des questions de données, d’hébergement, de juridiction, de dépendance fournisseur, de résilience et de contrôle stratégique. Cette réalité est particulièrement importante pour les secteurs réglementés ou sensibles, comme la santé, les services publics, l’énergie, les transports, l’agriculture, la fabrication et les ressources naturelles, qui figurent parmi les secteurs prioritaires de la stratégie nationale.

La souveraineté ne signifie pas refuser les grandes plateformes internationales. Elle suggère de choisir consciemment les architectures, les fournisseurs et les cadres de gouvernance en fonction du niveau de risque et de la valeur à protéger.

Que devraient faire les dirigeants maintenant?

La stratégie « L’IA pour tous » donne aux organisations une lecture claire de leurs prochains chantiers : adoption, productivité, confiance, compétences et souveraineté.

Les dirigeants devraient commencer par établir un portrait réel des usages IA déjà présents dans leur organisation. Ils devraient ensuite prioriser les cas d’usage où l’IA peut produire une valeur mesurable, structurer un cadre de gouvernance, former les équipes et définir les données nécessaires au déploiement de l’IA.

Les organisations qui réussiront ne seront pas celles qui auront testé le plus d’outils, mais celles qui auront su relier l’IA à leurs priorités d’affaires, à leurs processus critiques, à leurs talents et à leur cadre de confiance.

Il faut agir, mais agir méthodiquement. C’est ainsi que les entreprises passeront de l’intention à l’impact.