FIAI 2026: quand l’aérospatial devient un enjeu de souveraineté
Pénurie de talents, pressions géopolitiques, accès aux marchés de défense pour les PME, chaîne d’approvisionnement sous tension, innovation numérique … Comment répondre à ces enjeux urgents de souveraineté à grande échelle ? Quelques éléments de réponses issus de la 10ème édition du Forum innovation aérospatiale international, le 13 et 14 avril 2026, à Montréal.
Dans un contexte géopolitique tendu, comment l’industrie aérospatial québécoise est susceptible d’adopter rapidement des solutions pour son développement ?
« Au-delà de la technologie : de l’idée à l’adoption », le Forum innovation aérospatiale international (FIAI 2026), du 13 et 14 avril 2026, entend répondre à cette question. Autour de la table, 1500 décideurs de 11 délégations internationales réunis pour une collaboration entre alliés au Palais des congrès de Montréal.
Souveraineté industrielle, autonomie stratégique, refonte des chaînes d’approvisionnement, nouveaux modèles d’alliance entre nations alliées déficit de compétences…
La ministre de l’Industrie et responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec, Mélanie Joly, a d’emblée signifié l’urgence d’inscrire l’innovation aérospatiale dans une stratégie économique et sécuritaire plus large. Dans cette perspective, la ministre a annoncé un portefeuille de 4,5 millions de dollars de soutien aux PME. En bénéficient, entre autres, Aéro Montréal, Propulsion Québec ou Sous-traitance industrielle Québec.
Cette 10ème édition, a souligné la nécessité de repenser les partenariats et le partage des connaissances. Elle a également formulé des recommandations pour encourager les écosystèmes à conjuguer leurs forces et accélérer l’innovation.
A la clé, une autonomie accrue, une meilleure capacité de production et une industrie plus résiliente.
Nos experts reviennent sur 5 enseignements structurants du FIAI 2026.
Souveraineté et défense : bâtir une industrie à la hauteur des enjeux
La souveraineté en matière de défense s’impose comme la toile de fond des discussions. L’augmentation annoncée des investissements fédéraux et le soutien accru aux PME traduisent une volonté de structurer une base industrielle capable de répondre aux enjeux géopolitiques actuels. L’aérospatiale n’est plus seulement un moteur économique : elle devient un levier de sécurité nationale.
Coordination renforcée : quand les alliés s’alignent face aux défis communs
Cette dynamique s’inscrit dans un effort plus large de coordination entre alliés.
La présence de l’Allemagne comme pays invité d’honneur illustre une volonté claire de rapprochement entre alliés, notamment sur les enjeux d’innovation, de défense et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement critiques, dans un contexte géopolitique de plus en plus structurant pour l’industrie.
La présence d’autres délégations européennes, dont la Tchéquie, confirme cette volonté d’alignement international.
Chaînes d’approvisionnement : vers plus de résilience et d’efficacité
Sur le plan industriel, la transformation des chaînes d’approvisionnement s’accélère. Les discussions convergent vers trois priorités : renforcer la résilience, relocaliser certaines capacités critiques et intégrer davantage les PME dans des chaînes sécurisées. Les gains de productivité récents illustrent cette évolution, Bombardier est ainsi passé d’environ 110 à 150 avions produits annuellement en cinq ans, soutenus notamment par des outils comme le digital twin, qui permet d’anticiper les aléas et d’optimiser les opérations.
Écosystème élargi : quand la performance devient collective
Mais la transformation ne se limite plus à l’atelier de production. Comme l’a souligné un représentant d’Airbus, la performance d’un grand groupe dépend désormais directement de celle de ses fournisseurs.
La productivité ne se limite plus aux murs de l’entreprise, elle repose désormais sur l’ensemble de l’écosystème, avec trois leviers clés : une proximité renforcée avec les fournisseurs, une transparence accrue pour mieux anticiper les risques, et une co-innovation dès la phase de conception pour réduire les inefficacités.
Dans cette logique, l’intelligence artificielle s’impose comme un outil structurant. Elle permet d’analyser des volumes massifs de données pour anticiper les perturbations, identifier les goulots d’étranglement et optimiser les stocks. Mais un consensus se dégage : la valeur de l’IA dépend avant tout de la qualité des données disponibles.
Pression accrue sur les talents : la guerre des profils freine toute une industrie
Enfin, le principal facteur de risque reste humain.
L’industrie fait face à une pression sans précédent sur les talents, avec environ 43 000 emplois actuels et près de 67 000 postes à pourvoir d’ici 10 ans, dans un contexte où les grands acteurs se disputent les mêmes profils, ce qui freine la capacité de croissance globale du secteur.
Cette tension est accentuée par une concurrence directe entre grands acteurs, CAE, Pratt & Whitney, Bombardier ou Bell, qui se disputent les mêmes talents.
Dans ce contexte, les avancées technologiques ne suffisent plus. Même des percées majeures, comme le développement du Global 8000 de Bombardier, premier avion d’affaires à dépasser Mach 1 depuis le Concorde, illustrent une réalité plus large : l’innovation ne devient un avantage compétitif que si elle peut être soutenue par une organisation, une chaîne d’approvisionnement et une main-d’œuvre à la hauteur.