Les 5 éléments clés que l’on retient de ALL IN 2026
Le ministre de l’Intelligence artificielle Evan Solomon l’a résumé en ouverture de conférence : « The test is not the money ». Le vrai test, désormais, c’est l’exécution : la capacité des gouvernements, des entreprises et des chercheurs à transformer ces annonces en résultats concrets.
Entre le partenariat renforcé avec l’Allemagne, l’investissement dans LawZero et l’initiative nationale de littératie IA, voici les cinq chantiers qui ont marqué la conférence et qui dessinent les conditions optimales de l’industrialisation de l’IA à l’échelle de votre entreprise.
1. La souveraineté redéfinit l’exécution
Le partenariat renforcé entre le Canada et l’Allemagne dépasse le symbole diplomatique. Evan Solomon a résumé l’enjeu en ouverture : « No country can build alone ». Les deux pays ont signé une déclaration conjointe sur l’IA et lancé la Sovereign Technology Alliance, avec comme objectif de réduire les dépendances technologiques et construire des capacités communes en recherche, en commercialisation et en infrastructure.
Cette logique s’est traduite par un investissement direct dans LawZero, l’organisme montréalais fondé par Yoshua Bengio. Le Canada y consacre 150 M$ CA, l’Allemagne 100 M€. Ce financement soutient l’approche Scientist AI de LawZero, une IA avancée conçue pour être sûre, transparente et vérifiable, ainsi que le développement de capacités de calcul souveraines au pays. Concrètement, il s’agit de développer une IA de pointe sans dépendre entièrement des modèles étrangers
2. La confiance conditionne l’adoption
« AI is not a goal, it’s a mean » rappelait Isabelle Turcotte, cofondatrice de ALL IN, en ouverture de la conférence. Le ministre de l’Intelligence artificielle Evan Solomon a insisté sur le même principe : la technologie doit servir les personnes, et non l’inverse. La mairesse Soraya Martinez Ferrada abondait également dans le même sens: « La confiance ne se décrète pas, elle se construit. La peur ne doit pas nous empêcher d’innover. »
Ce rappel survient dans un contexte tendu, avec les manifestations anti-IA qui se multiplient et gagnent en visibilité, y compris à Montréal pendant la conférence. Face à cette méfiance, le gouvernement fédéral lancera cet automne une initiative nationale de littératie IA, en partenariat avec l’Alberta Machine Intelligence Institute. Elle vise les étudiants, les éducateurs, les travailleurs et les communautés, avec comme objectif d’outiller les citoyens pour qu’ils puissent détecter les biais, la désinformation et les risques liés à la confidentialité.
3. La sécurité ne s’improvise plus
Les organisations ne manquent pas d’idées pour l’IA. Toutefois, elles manquent de méthode, de temps et de gouvernance pour intégrer la sécurité dès la conception. Sous la pression de livrer vite, la cybersécurité reste trop souvent reléguée à plus tard, alors même que l’autonomie croissante des systèmes multiplie les risques : exposition des données, dérives décisionnelles, deepfakes, dépendance aux fournisseurs.
À ALL IN, cette responsabilité a été présentée comme collective plutôt qu’individuelle. Au-delà de LawZero, plusieurs annonces ont porté sur la sécurité des données d’entreprise et la gouvernance des usages. Le Canada a inscrit la protection démocratique et la souveraineté au cœur de sa stratégie nationale d’IA, un signal que la sécurité n’est plus un sujet réservé aux équipes techniques, mais une responsabilité partagée entre gouvernements, entreprises et citoyens.
4. La capacité d’exécution plafonne l’IA
Les cas d’usage ne manquent pas, les expérimentations se multiplient, mais les sujets humains arrivent trop tard. Formation, implication des équipes, conduite du changement, redéfinition des processus. La transformation IA plafonne sur la capacité des organisations à absorber le changement à l’échelle de l’entreprise.
L’exemple cité par le ministre de la Technologie et de l’Innovation de l’Alberta Nate Glubish illustre l’écart entre les méthodes traditionnelles et les capacités actuelles. Un appel d’offres public classique, prévu sur quatre ans, aurait été obsolète avant même sa mise en service. En mobilisant autrement les talents et les méthodes de livraison, le projet a été réalisé en 12 mois pour environ 2 M$ : « 95% faster, 95% cheaper ». L’IA accélère les capacités techniques en exigeant que les structures d’achat et de gouvernance suivent le rythme.
5. La mémoire corporative structure les agents
Si on souhaite réellement soutenir le travail quotidien de nos équipes, les agents IA devront comprendre plusieurs strates de contexte : la mémoire de l’utilisateur, l’historique de l’équipe, les processus départementaux et la mémoire de l’entreprise. Sans cette profondeur, ils resteront des assistants ponctuels. Avec elle, ils jouent le rôle de leviers de continuité et de capitalisation du savoir.
Cette mémoire présente toutefois des enjeux de gouvernance. Quelles données peuvent être mobilisées, par qui, et selon quels mécanismes de contrôle ? Les agents ne seront utiles que s’ils s’appuient sur une mémoire pertinente et ils ne seront envisageables que si cette mémoire est gouvernée. C’est l’un des prochains chantiers pour les entreprises : passer d’une IA qui répond à une IA qui comprend le contexte organisationnel, sans compromettre la confidentialité ni la sécurité.
Le passage à l’exécution
Après des années centrées sur la démonstration du potentiel de l’IA, elle entre dans sa phase d’exécution. Le Canada dispose d’atouts réels, qu’il s’agisse de recherche reconnue mondialement, de l’écosystème montréalais ou d’alliances internationales. Maintenant, la réussite de l’IA se mesurera à sa capacité à transformer concrètement et durablement nos organisations et nos sociétés, tout en plaçant l’humain au cœur de cette évolution.