Signaux forts

Édition septembre 2026

Naviguer un marché instable : le Radar agentique comme outil de décision

L’édition de septembre du Radar Agentique IA confirme une tendance de fond : les solutions les mieux positionnées sont désormais celles qui réussissent à industrialiser l’IA dans des environnements gouvernés, au-delà de la seule vitesse d’adoption.

Les entreprises accordent davantage d’importance à la traçabilité, à la gestion des identités, à la conformité, au contrôle des usages et à la supervision des déploiements.

Cette évolution favorise les grandes plateformes intégrées américaines, tout en renforçant les préoccupations liées à la dépendance envers quelques écosystèmes propriétaires et à la souveraineté.

Cette évolution se matérialise dans les positions les plus équilibrées du Radar : Copilot Studio de Microsoft combine 8,67 en maturité et 7,85 en momentum, IBM watsonx Orchestrate atteint 7,71 et 6,73 ; et on peut citer également Agent Bricks de Databricks, Bedrock AgentCore d’AWS, Agentforce de Salesforce et GitHub Copilot. Ces acteurs forment un groupe de solutions matures tout en conservant une dynamique soutenue.

À l’inverse, le Radar montre que le seul momentum ne suffit plus à caractériser un Leader : les positions les plus solides reposent désormais sur la combinaison de l’adoption et de la capacité à opérer dans un cadre d’entreprise.

Les signaux à surveiller

Les AI Gateways deviennent un nouveau champ de bataille

L’émergence des AI Gateways constitue l’un des mouvements les plus significatifs du mois. Acteurs du cloud, de la cybersécurité, de la donnée et de la gestion d’API convergent vers la même ambition : devenir le point de contrôle central entre le système d’information et l’IA.

Cette nouvelle couche concentre les enjeux de sécurité, de conformité et de maîtrise des coûts. Elle fait émerger une catégorie logicielle à part entière, mais crée aussi un risque de fragmentation si plusieurs mécanismes de contrôle coexistent au sein d’une même organisation.

Le Radar reflète cette compétition avec notamment Microsoft qui concentre plusieurs offres à forte maturité (Copilot Studio, Agent Framework, Foundry Agent Service), tandis qu’Agent 365 affiche le momentum le plus élevé du panel. IBM watsonx Orchestrate, Databricks Agent Bricks, AWS Bedrock AgentCore, Salesforce Agentforce et Boomi AgentStudio illustrent la même tendance : les plateformes cherchent à devenir le point d’intégration entre agents, données, applications et politiques de gouvernance.

 

La Chine accélère sa stratégie de plateforme

Les solutions chinoises poursuivent leur progression en misant sur l’ouverture de leurs plateformes et le déploiement de modèles à grande échelle. Leur objectif reste le même : capter rapidement les usages avant de renforcer progressivement les mécanismes de gouvernance.

Cette dynamique ne se reflète pas encore dans leurs scores de maturité. Transparence, auditabilité et conformité demeurent leurs principaux points faibles. L’écart entre cette accélération et leur niveau de confiance actuel constitue néanmoins un signal à surveiller.

Les résultats du Radar confirment surtout un décalage entre l’ambition de plateforme et le niveau de maturité actuellement observé : Qwen-Agent d’Alibaba présente le profil le plus dynamique du groupe (5,70 en momentum) mais reste faible en maturité. Coze de ByteDance se situe à 3,20 en momentum et seulement 1,91 en maturité ; Baidu Qianfan à 1,47 et 1,83 ; AgentScope d’Alibaba à 0,24 et 0,64.

Ces positions ne traduisent pas encore une percée parmi les plateformes du Radar : elles rendent néanmoins visibles le potentiel de rattrapage d’acteurs qui privilégient d’abord la diffusion et l’extension de leur écosystème.

 

Canada et Europe misent sur la souveraineté

Face à la domination américaine et à l’accélération chinoise, les acteurs européens et canadiens poursuivent une voie distincte fondée sur la souveraineté numérique, la conformité réglementaire et le contrôle des données.

Cette stratégie génère une traction plus limitée, mais répond à une préoccupation croissante des organisations en matière de résilience et d’indépendance technologique.

Dans le Radar, cette orientation souveraine ne se reflète toutefois pas encore par un bloc européen ou canadien homogène au niveau des leaders intégrés américains. Dataiku AI Agents se situe à 4,59 en maturité et 4,98 en momentum ; Cohere Command, côté canadien, à 3,13 et 4,53 ; et Mistral Agents API à 2,30 et 2,94. Augure fait figure d’exception dynamique avec un momentum de 6,83.

Le signal est donc celui d’une alternative crédible dans les contextes où la résidence des données, la conformité, la réversibilité, l’indépendance vis-à-vis des grands écosystèmes sont des critères de sélection prioritaires.

 

L’interopérabilité devient un prérequis

Les mécanismes d’interopérabilité entre agents, modèles et outils se généralisent rapidement. Ce qui constituait récemment un avantage concurrentiel devient progressivement une condition d’entrée.

Cette évolution est particulièrement visible chez les acteurs de la gestion d’API et des plateformes de données, qui étendent aux agents les mécanismes de gouvernance déjà appliqués à leurs environnements existants. Les fournisseurs qui ne suivront pas cette tendance risquent de voir leur pertinence diminuer au sein des architectures d’entreprise.

Cette évolution est visible dans la diversité des solutions qui progressent autour de l’orchestration et de la connexion aux environnements existants :

  • LangChain affiche un momentum de 7,04,
  • LangGraph associe une maturité de 6,39 à un momentum de 5,79,
  • Dify atteint 8,62 en momentum, le deuxième score du Radar.

Du côté des plateformes d’entreprise, ServiceNow, UiPath, Zapier et n8n confirment que l’enjeu se déplace vers l’intégration des agents dans les workflows, les outils métiers et les systèmes d’information.

 

Le marché se polarise

L’écart entre adoption et maturité continue de se creuser. De nombreuses solutions affichent un fort momentum sans disposer encore de toutes les garanties nécessaires à des déploiements à grande échelle, tandis que des plateformes plus matures montrent des signes de ralentissement.

Cette polarisation reflète une réalité observée sur le terrain : la vitesse d’adoption de l’IA dépasse souvent la capacité des organisations à la gouverner et à la mettre en production efficacement.

Le Radar précise cette polarisation :

  • Certaines solutions bénéficient d’une traction forte mais présentent encore une maturité plus limitée (Dify, Agent Development Kit de Google, Business AI Cloud d’Uniphore, Devin, Hippocratic AI et Qodo).
  • À l’opposé, plusieurs offres déjà solides progressent moins rapidement : Mastra, Pydantic AI et Claude Agent SDK.

Cette dissociation est cruciale pour aborder les cas d’usage long-terme, où le choix techonlogiques est fait sur un horizon de plusieurs années.

 

Sous observation

L’exécution locale des agents devient crédible :

Les progrès des modèles ouverts et du matériel spécialisé rendent de plus en plus réaliste l’exécution d’agents en local ou dans des environnements hybrides. Les plateformes devront désormais gérer un continuum entre cloud, infrastructures internes et périphérie, tout en assurant sécurité, distribution des modèles et traçabilité des usages.

 

L’identité des agents devient un prérequis :

À mesure que les agents gagnent en autonomie, la capacité à leur attribuer une identité, un mandat et des permissions précises devient essentielle. Les mécanismes de contrôle des accès, de délégation et d’authentification devraient prendre une place croissante dans les plateformes agentiques.

 

L’évaluation continue devient une fonction de production :

La qualité des agents ne peut plus être vérifiée uniquement avant le déploiement. Les plateformes évoluent vers des mécanismes de supervision continue permettant de tester, comparer et corriger les comportements en cours d’exploitation, comme cela existe déjà pour les logiciels traditionnels.

 

Le poste de travail devient un nouvel environnement agentique :

Les agents capables d’interagir directement avec les applications, les fichiers ou les navigateurs ouvrent de nouvelles possibilités d’automatisation. Ils soulèvent aussi de nouveaux enjeux de sécurité, de contrôle des privilèges et de supervision des actions réalisées sur les postes de travail.