Blockchain et finance : je t’aime… moi non plus
Vincent Rémon, Leader Solutions et Blockchain onepoint, a répondu aux questions du journal Agefi Luxembourg qui traite de l’actualité financière, économique et européenne.
Longtemps le secteur financier a considéré la technologie Blockchain avec défiance. Il entrevoit aujourd’hui de réelles opportunités grâce à cette technologie. Quel est votre avis ?
Il est important de replacer la Blockchain dans le contexte historique de sa création afin de comprendre les enjeux auxquels elle a tenté de répondre.
« Une version purement pair-à-pair d’argent électronique permettrait des paiements en ligne, envoyés directement d’une personne à l’autre, sans avoir à passer par une institution financière. » Bitcoin Whitepaper, 2008.
« Nous ne construisons pas une Blockchain. (…) Nous rejetons la notion selon laquelle toutes les données devraient être partagées entre tous les participants. » expliquait Richard Gendal Brown en 2016
Il créait ainsi la confusion sur la volonté réelle du secteur de s’engager dans ce domaine.
Avec un Bitcoin dépassant les 4000 euros en juillet dernier, 2017 est l’année où les premiers grands acteurs affichent clairement leur position non seulement vis-à-vis des Smart Contracts, mais aussi plus simplement vis-à-vis du Bitcoin et de la spéculation attenante. Par exemple, Goldman Sachs vient d’annoncer la possibilité imminente de traiter des Bitcoins et autres crypto-monnaies comme n’importe quelle autre devise. A contrario, Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, y voit une escroquerie et prédit leur implosion.
Force est de constater que le secteur financier a maintenant admis que les Blockchains ont un bel avenir en perspective, et qu’il devient nécessaire de les intégrer pour développer et proposer des services autour de cette offre. Certains acteurs sont plus avancés que d’autres, mais entre ceux encore à la recherche de cas d’usage et ceux ayant déjà validé de nombreuses preuves de concept, les véritables sujets en production sont encore rares. Les sollicitations croissantes portent à croire que les premiers projets en production dans le secteur financier arriveront début 2018.
Comment la Blockchain change-t-elle nos façons de travailler ?
Aujourd’hui la Blockchain n’a encore rien révolutionné dans notre quotidien. Les acteurs du marché – qu’ils soient de l’IT ou de la Finance – en sont encore à la mise en œuvre. Et pourtant, nous sommes certainement face à une révolution équivalente à l’apparition d’Internet il y a 30 ans. Tout comme internet à l’époque, la démocratisation de la Blockchain prendra du temps. C’est un outil fabuleux dont il va falloir appréhender le fonctionnement et les opportunités.
La Blockchain est avant tout un protocole d’échange, et à ce titre son implémentation dans les systèmes d’information devrait être transparente pour les utilisateurs et les clients. La sécurisation des transactions par exemple n’est pas un concept nouveau.
En revanche, il faudra que chacun reste attentif sur les questions de vie privée, car la Blockchain est avant tout un registre public. Les transactions effectuées et les informations stockées peuvent être lues et retracées par tous. On imagine bien les conflits potentiels qui pourraient naître des exigences de la RGPD ou du droit à l’oubli numérique par exemple.
A moyen terme, l’impact sur nos modes de travail pourrait être la remise en question totale de certaines activités professionnelles : quid des métiers reposant exclusivement sur la certification ou le dépôt de confiance ? On pense naturellement aux notaires mais certains services bancaires comme les dépôts de titres ne sont pas à l’abri ! La transformation digitale devra comme souvent être accompagnée d’une transformation RH.